De plus en plus de faillites après 55 ans


Un endettement excessif et l'imprudence des enfants sont souvent en cause.
 
 
Le nombre de Québécois âgés de 55 ans et plus faisant face à des difficultés financières n'a cessé de croître au cours des cinq dernières années. Les chiffres parlent d'eux-mêmes : en 2002, 15 % des faillis avaient 55 ans et plus et ce pourcentage a atteint 20 % en 2006, ce qui représente 4 945 personnes !
 
Répandu dans tout le Canada dans des proportions à peu près identiques, ce problème a de quoi inquiéter. En effet, on s'attendrait généralement à ce que les gens aient acquis une certaine sécurité financière et qu'ils soient plus prudents dans leurs dépenses lorsqu'ils approchent l'âge de la retraite. Or, c'est loin d'être toujours le cas.
 
 
Le crédit et les enfants en cause…
 
Plusieurs éléments peuvent expliquer cette augmentation. Tout d'abord, beaucoup de gens acquièrent bien avant l'âge de 55 ans de mauvaises habitudes en ce qui concerne les dépenses et la gestion de leurs finances personnelles. Ils laissent souvent l'air du temps décider où va leur argent.
 
Cette absence de planification financière et d'objectifs à long terme fait en sorte que la personne n'épargne pas assez d'argent et qu'elle se retrouve très vite dans une situation financière précaire lorsqu'elle doit faire face aux moindres imprévus (une perte d'emploi, une maladie, des problèmes familiaux ou une augmentation du coût de la vie).
 
Selon le Bureau du surintendant des faillites du Canada (BSF), 29 % des faillis de 55 ans et plus ont fait état d'un crédit excessif comme principale cause de la faillite. C'est de loin la plus importante cause de faillite pour cette catégorie d'âge (voir graphique).
 
L'imprudence des enfants qui sollicitent l'aide financière de leurs parents est également à l'origine de l'endettement des personnes âgées. Plusieurs individus n'hésitent pas à utiliser leurs cartes de crédit où à cautionner un emprunt afin de satisfaire les demandes de leurs enfants. « Les cas d'endettement des parents dus à l'imprudence des enfants sont de plus en plus nombreux. L'emprunt hypothécaire et l'emprunt commercial pour les enfants sont des causes de faillite fréquemment remarquées », analyse Éric Lebel, syndic de faillite chez Raymond Chabot.
 
Les nouvelles tentations sont aussi responsables de l'endettement des particuliers. En effet, les individus sont de plus en plus soumis aux pressions et sollicitations. Les sociétés de crédit, les banques ou les fabricants de biens de consommation proposent aux consommateurs différents types de crédits séduisants (« Acheter maintenant, payer plus tard », « Payez en 36 versements égaux, sans intérêt », « Zéro comptant », « Aucun crédit refusé ») dont les coûts s'accumulent en frais d'intérêts élevés. « Au bout du compte, souligne Éric Lebel, ces personnes doivent souvent consacrer une partie importante de leur revenu futur au remboursement de ces dettes. C'est de l'argent pour ainsi dire perdu qui aurait pu être investi ou épargné. Pourtant, il suffit parfois de changer quelques habitudes de consommation pour améliorer sa situation financière. »
 
 
Il y a des solutions !
 
Si les causes d'endettement des 55 ans et plus sont nombreuses, les moyens pour s'en sortir le sont aussi. Différentes solutions peuvent être envisagées en fonction de la situation personnelle de chacun et de l'ampleur du problème auquel il fait face.
 
Selon M. Lebel : « Lorsqu'un problème financier survient, la première chose à faire est d'établir un budget ou de le réaménager. Cela permet de connaître et de contrôler sa situation financière et d'éviter ainsi des problèmes d'endettement. Il est important de porter une attention au budget dès l'apparition des premiers signes avant-coureurs afin d'être en mesure de corriger la situation à temps. »
 
 
La proposition de consommateur, vous connaissez ?
 
L'établissement d'un bon budget aide une personne à vivre selon ses moyens tout en répondant adéquatement à ses besoins. L'individu pourra ainsi épargner de l'argent qui lui permettra de rembourser ses dettes ou de répondre à ses projets personnels ou familiaux sans prendre le risque de s'endetter davantage. De même, au cas où la personne ferait face à une baisse de revenu (perte d'emploi, retraite, décès d'un conjoint, etc.) ou à une augmentation imprévue des dépenses (maladie, soins paramédicaux, inflation, etc.), elle sera en mesure d'affronter cette situation grâce à une bonne gestion de ses finances personnelles.
 
Dans certains cas, l'établissement d'un budget adéquat servira à corriger un endettement temporaire, dans d'autres cas, il permettra d'identifier la capacité de l'individu à rembourser ses créanciers. En établissant un budget réaliste, un individu guidé par un syndic de faillite sera en mesure de proposer un arrangement à ses créanciers en vertu de la Loi sur la faillite et l'insolvabilité, par le biais d'une proposition du consommateur.
 
Comme l'explique Éric Lebel, cette offre propose aux créanciers le remboursement de seulementune partie des dettes ou le prolongement du délai de remboursement. Le montant d'argent offert aux créanciers est payable mensuellement, sans intérêts et adapté au budget de l'individu. De plus, la proposition du consommateur permet de faire cesser immédiatement le harcèlement et les procédures des créanciers et elle protège contre les saisies des biens ou de salaires de la personne. Dans la majorité des cas, la proposition du consommateur peut tirer l'individu de l'embarras et lui éviter la faillite.
 
 
Faire faillite, pour repartir du bon pied
 
Par ailleurs, après avoir exploré un certain nombre de solutions avec le soutien d'un syndic de faillite, un individu pourrait en venir à envisager la faillite personnelle comme moyen d'effacer toutes les dettes et de repartir sur une base financière solide. Ainsi, l'individu n'aurait plus à payer ses créanciers et il serait protégé contre la majorité des poursuites. Cependant, particulièrement à cet âge, la faillite procure chez l'individu un sentiment de honte, de crainte et d'humiliation envers sa famille et ses amis. « Il n'y a pas de honte à faire face à ses difficultés financières et à les résoudre de façon positive. La faillite est un droit accordé à tous les citoyens désirant tourner la page et repartir à neuf. L'individu devrait l'envisager à condition que toutes les autres solutions aient été explorées », explique Éric Lebel.
 
 
À l'aide !
 
Un endettement chez une personne de 55 ans et plus est généralement accompagné d'une forte angoisse, due à un sentiment de culpabilité de ne pas avoir été en mesure d'assurer une bonne retraite et de laisser une dette à ses enfants.
 
Si une personne désire obtenir de l'aide afin de reprendre le contrôle de son avenir financier, il existe plusieurs organisations publiques offrant gratuitement des services d'orientation et d'aide psychologique aux personnes faisant face à une situation financière précaire. L'Association coopérative d'économie familiale (ACEF) offre aux citoyens des ateliers de sensibilisation permettant d'apporter des solutions aux dettes des particuliers. Les CLSC proposent un service d'aide psychologique permettant de gérer le stress résultant d'une mauvaise situation financière. Selon un proverbe tibétain, quand un problème a une solution, il est inutile de s'inquiéter et s'il n'en a pas, s'inquiéter n'y changera rien. Heureusement, un problème d'endettement a toujours des solutions !
 
 
Principales causes de faillite déclarées chez les 55 ans et plus*
 
 
 
 
 
 

(Incluant l'imprudence des enfants)
 


* Source : Bureau du surintendant des faillites du Canada (2006).
 
 
Deux situations parmi tant d'autres
 
L'avenir de Josée, une Montréalaise de 59 ans, s'est éclairci grâce à la proposition du consommateur. À la veille de sa retraite, elle avait plusieurs dettes sur cartes de crédit qui lui coûtaient 900 $ par mois. Josée n'était plus en mesure de répondre à cette exigence et commençait à accumuler du retard. Les intérêts continuaient à croître, les créanciers la harcelaient sans cesse et menaçaient de la poursuivre en justice. La faillite lui semblait inévitable.
 
Après avoir révisé son budget et analysé sa situation, un syndic de faillite lui recommanda de soumettre une proposition aux créanciers. Cette offre suggérait de payer 200 $ par mois pendant 48 mois. Les créanciers recevaient alors plus que dans le cas d'une faillite. Josée a finalement réussi à faire cesser le harcèlement des créanciers, à conserver tous ses biens et à réduire sa mensualité de 900 $ à 200 $. Elle peut maintenant songer à sa retraite l'esprit tranquille.